Construction domiciliaire : toujours loin du compte. C'est le titre de l'article de La Presse de ce matin. Seulement 57 000 logements projetés pour 2026 au Québec, là où la SCHL exige 100 000 par an pendant dix ans pour rétablir l'abordabilité. Pendant ce temps, votre plex existant — celui sur la Rive-Nord — représente 61 % de l'offre locative de la province. Et la réponse du gouvernement? Plus de règles, des hausses de loyer encadrées à la baisse, des délais du TAL qui s'étirent. On rate l'objectif et on pénalise ceux qui, eux, livrent.
Chronique d'opinion de l'Équipe ImmoMulti. Les faits sont sourcés ; les opinions sont les nôtres.
L'opinion tranchée : l'État rate sa cible, votre plex paie la note
Disons-le clairement : le gouvernement québécois est incapable de construire suffisamment de logements. Ce n'est pas une attaque partisane — c'est un constat arithmétique. 57 000 mises en chantier contre une cible de 100 000, c'est un déficit annuel de 43 000 logements. Chaque année. Sans exception.
Dans ce contexte, qui absorbe ce manque? Les plex privés. Les triplex de Terrebonne. Les quadruplex de Blainville. Les multilogements de Mascouche ou de Boisbriand que des familles québécoises ont acquis, entretenus et loués pendant des décennies. Votre parc locatif privé est le vrai filet de sécurité du marché locatif québécois.
Et la récompense? On encadre vos loyers avec une méthode de calcul qui génère des hausses historiquement basses depuis juin 2026. On maintient le moratoire sur les rénovictions. On vous fait attendre neuf mois au TAL pour un loyer impayé. Et vos taxes foncières ont explosé avec les réévaluations de 2024-2026. Bref : on traite le pompier comme s'il était pyromane.
Le chiffre qui ne ment pas : 57 000 vs 100 000
Les données publiées ce matin par La Presse sont sans appel :
| Indicateur | Résultat 2026 | Cible / référence |
|---|---|---|
| Mises en chantier (1er semestre) | 26 000 logements | +2 % vs 2025 — quasi-stagnation |
| Projection annuelle 2026 | 57 000 logements | Besoin SCHL : 100 000/an pendant 10 ans |
| Part des nouvelles unités locatives | 85 % | 91 % à Joliette, 95 % à Sept-Îles |
| Montréal | +61 % | Laval : -30 % / Québec : -12 % |
La progression de +2 % au premier semestre est à peine statistiquement significative. Pour la Rive-Nord de Montréal, les chiffres sont encore plus préoccupants : la région partage les obstacles qui plombent Laval — rareté des terrains, délais de permis, coûts de main-d'œuvre — sans bénéficier du même élan que l'île de Montréal. Les obstacles identifiés par La Presse sont structurels : manque de main-d'œuvre, délais administratifs de permis, rareté des terrains, explosion des coûts de matériaux. Aucun de ces facteurs ne se résorbe en quelques mois.
Source : La Presse — « Construction domiciliaire : toujours loin du compte » (18 juillet 2026). Cible SCHL : Rapport mises en chantier juin 2026, SCHL.
Votre plex tient le fort depuis toujours
La réalité du parc locatif québécois est documentée par la CORPIQ : 94 % des immeubles locatifs de la province ont entre 1 et 5 logements, et la quasi-totalité est détenue par des individus — pas des fonds institutionnels. 61 % de l'offre locative totale vient de ces petits immeubles. Ce ne sont pas des actifs périphériques : ce sont l'épine dorsale du marché locatif québécois.
Pendant que la construction neuve stagne à 57 000 logements par an — soit 43 000 de moins que la cible —, ce sont ces plex qui hébergent des dizaines de milliers de familles sur la Rive-Nord. Ils le font maintenant. Ils le feront encore demain. Il n'existe pas de plan B à court terme. La construction neuve est structurellement trop lente pour combler le déficit accumulé d'ici 2027 ou même 2028.
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On coupe les ailes de ceux qui livrent
Voici l'incohérence centrale de la politique québécoise de logement en 2026 : on est incapable de construire assez, et on continue d'alourdir la charge des propriétaires du parc existant. Ces deux décisions se renforcent mutuellement dans le mauvais sens.
Le ciseau réglementaire sur votre plex en 2026
Revenus encadrés : la nouvelle méthode TAL (en vigueur depuis juin 2026) génère les hausses suggérées les plus basses en années — alors que vos charges continuent de croître. Délais TAL : neuf mois d'attente pour un loyer impayé selon La Presse d'octobre 2025. Moratoire rénoviction : toujours en place pour les travaux majeurs. Taxes foncières : réévaluations 2024-2026 qui ont alourdi les charges sur toute la Rive-Nord.
Le résultat prévisible — et prédit par la CORPIQ — est que les propriétaires individuels vendent. Leurs plex ne disparaissent pas pour autant : ils passent aux mains de fonds institutionnels qui, eux, optimisent la rentabilité à court terme. On obtient alors exactement ce qu'on voulait éviter : la disparition du modèle à échelle humaine qui fait la spécificité québécoise.
Comme le formulait Éric Sansoucy de la CORPIQ en juin 2026 : si rien ne change, « le petit propriétaire humain sera graduellement remplacé par de grands fonds immobiliers ». Ce scénario est déjà la réalité dans les autres grandes villes canadiennes. Il n'y a aucune raison structurelle pour que le Québec y échappe indéfiniment si la pression continue.
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L'avocat du diable
Soyons honnêtes — le contre-argument mérite d'être pris au sérieux. La protection des locataires n'est pas une invention idéologique : elle répond à un déséquilibre de pouvoir réel. Un propriétaire qui augmente les loyers sans contrainte dans un marché pénurique peut effectivement expulser économiquement des ménages à faibles revenus qui n'ont nulle part où aller. L'encadrement des loyers, les délais du TAL, le moratoire sur les rénovictions — tout cela existe pour protéger des personnes vulnérables.
De plus, le gouvernement fait des efforts. La réduction de la TPS sur les premières propriétés depuis mars 2026 tente de stimuler la construction neuve. Montréal a enregistré +61 % de mises en chantier. Des programmes d'aide à la rénovation existent — APH Select, RénoClimat, Logisvert — même si, selon une étude CORPIQ, 72,9 % des propriétaires n'y ont jamais eu recours faute d'information.
Le contre-argument est légitime. Il ne règle pas le problème de fond : vous ne pouvez pas demander au parc locatif privé de jouer le rôle de filet social universel et continuer à l'étrangler financièrement. Les deux sont incompatibles. Tôt ou tard, le propriétaire qui absorbe des déficits vend — et son remplacement par un fonds institutionnel est généralement pire pour les locataires, pas meilleur.
Le verdict : votre plex Rive-Nord, plus stratégique que jamais
57 000 logements contre une cible de 100 000. Ce chiffre restera probablement sous la cible en 2027, en 2028 et au-delà. Les obstacles — main-d'œuvre, terrains, permis, matériaux — ne se résolvent pas par décret. Dans cet intervalle qui risque de durer une décennie, le plex privé existant demeure la principale infrastructure locative du Québec. Le vôtre en fait partie.
Pour un propriétaire de multilogement sur la Rive-Nord, cela signifie que votre bien immobilier est structurellement en demande. La question n'est pas de savoir si votre plex trouvera preneur — c'est de savoir quand et à quelles conditions vous choisissez d'agir. Garder, rénover, refinancer ou vendre : chaque décision mérite une évaluation chiffrée, pas une réaction à la pression du moment.