Opinion

Le vrai logement abordable, c'est votre plex | ImmoMulti

Parc locatif de plex et multilogements sur la Rive-Nord du Québec — le vrai logement abordable

Le 1er juillet 2026, Radio-Canada publiait une enquête sur le Programme d'habitation abordable Québec (PHAQ) : les nouveaux logements « abordables » financés par l'État se louent jusqu'à 1 650 $ par mois pour un quatre et demi à Laval. Payé par vos impôts. Appelé « abordable » par le gouvernement. Pendant ce temps, votre triplex sur la Rive-Nord — que vous payez de votre poche, sans subvention, sans bureau de presse — propose des logements dans le même étage de prix, parfois moins cher. Et vous, on vous traite de problème.

Chronique d'opinion de l'Équipe ImmoMulti. Les faits sont sourcés ; les opinions sont les nôtres.

L'opinion tranchée : le PHAQ, un mirage d'abordabilité

Le Programme d'habitation abordable Québec est une escroquerie sémantique. Pas par malveillance, mais par commodité politique. Le gouvernement a redéfini le mot « abordable » pour y loger des unités à 1 650 $/mois, puis s'attribue le mérite de « construire du logement abordable ». Ce faisant, il disqualifie implicitement le parc locatif privé — votre plex Rive-Nord — qui, depuis des décennies, joue exactement ce rôle d'abordabilité pour des milliers de familles de Terrebonne, Mascouche, Blainville ou Saint-Jérôme.

Le vrai logement abordable du Québec, celui qui loge vraiment les classes moyennes et les familles modestes sans aide de l'État, c'est votre plex. Pas le mirage du PHAQ.

Les chiffres PHAQ que personne ne vous montre

Selon l'enquête de Radio-Canada publiée le 1er juillet 2026, les loyers initiaux des logements PHAQ dans le Grand Montréal s'élèvent à 977 $ pour un 3½ et à 1 099 $ pour un 4½. Ces plafonds augmentent d'année en année : certains locataires ont vu leur loyer grimper de plus de 20 % en quatre ans seulement.

Pire : pour les projets les plus récents, comme le Carré Laval, le gouvernement autorise des loyers allant jusqu'à 150 % du coût médian régional, soit 1 650 $/mois pour un 4½. Ces 600 unités sur 1 000 sont officiellement qualifiées d'« abordables ». Un organisme communautaire cité dans l'enquête est sans équivoque : « On a même corrompu le terme. Ce n'est plus du logement abordable. »

977 $ Loyer PHAQ initial — 3½, Grand Montréal
1 099 $ Loyer PHAQ initial — 4½, Grand Montréal
1 650 $ Loyer PHAQ « abordable » à 150 % du médian — Carré Laval

Source : Radio-Canada, 1er juillet 2026

En parallèle, la SHQ confirme que plus de 9 140 logements PHAQ sont planifiés (1 700 déjà occupés, 4 400 en construction, 3 300 en planification). Cela semble impressionnant jusqu'à ce qu'on réalise qu'aucun appel de projets PHAQ n'a été lancé depuis environ deux ans et demi — une période de transparence quasi nulle selon des organismes de logement communautaires.

Votre plex Rive-Nord : le vrai abordable, sans fanfare

Rentabilité d'un plex sur la Rive-Nord — charges d'exploitation et revenus de loyer

Le parc locatif privé de la Rive-Nord — les dizaines de milliers de logements nichés dans des triplex, quadruplex et immeubles de cinq logements — ne bénéficie d'aucune subvention, d'aucun fonds fédéral, d'aucun supplément au loyer de la SHQ. Pourtant, selon le rapport Aviseo Conseil commandé par la CORPIQ et rapporté par La Presse le 17 juin 2026, 61 % de l'offre locative québécoise se concentre dans des immeubles de un à cinq logements détenus par des propriétaires individuels. Et 39 % de ces propriétaires habitent leur plex — un voisin, pas un fonds d'investissement.

Ce modèle à échelle humaine livre du logement locatif sans aide de l'État, à des prix qui — dans le stock existant sur la Rive-Nord — se situent souvent dans la même fourchette que les loyers initiaux PHAQ, voire en dessous. Pendant ce temps, le gouvernement s'auto-félicite d'un programme qui coûte des centaines de millions de dollars de fonds publics pour produire 1 700 logements occupés à ce jour. Le secteur privé en loge des centaines de milliers aujourd'hui, sans conférence de presse.

Le modèle québécois sous pression

Selon le même rapport CORPIQ/Aviseo, plus d'un plex sur quatre n'est actuellement pas rentable au Québec — ces propriétaires subventionnent leur immeuble à même leurs revenus personnels. La politique du logement qui ignore ce fait ne résoudra pas la crise ; elle l'aggravera en décourageant les petits investisseurs de maintenir leur parc locatif.

L'État laisse tomber la moitié de ses propres locataires PHAQ

La grande promesse du PHAQ, c'est le supplément au loyer : grâce à lui, la moitié des locataires PHAQ ne paient que 25 % de leur revenu en loyer, l'État comblant la différence. Mais l'autre 50 % des locataires PHAQ paie le plein prix — soit entre 977 $ et 1 650 $ par mois, sans aide.

Dans ce contexte, la distinction entre « logement abordable subventionné » et « logement privé ordinaire » s'évanouit à moitié. Le locataire non subventionné d'un PHAQ et le locataire d'un vieux plex Rive-Nord payent des loyers du même ordre. Sauf que le second est logé par un propriétaire qui n'a jamais reçu un seul dollar de fonds publics pour sa peine.

Critère PHAQ — logement "abordable" de l'État Plex privé Rive-Nord (stock existant)
Loyer 4½ typique 1 099 $ à 1 650 $/mois (selon projet) Comparable ou inférieur selon l'immeuble et la municipalité
Subvention publique reçue Oui — fonds SHQ, SCHL, fédéral Zéro — financement privé uniquement
Locataires aidés ~50 % (supplément au loyer à 25 % du revenu) 0 % (pas d'accès automatique au PSL)
Délai de livraison Années (planification + construction) Immédiat (stock existant)
Appel public à projets Aucun depuis ~2,5 ans S.O. — marché privé en continu

Sources : Radio-Canada, 1er juillet 2026 ; La Presse, 17 juin 2026

À lire aussi

Pour approfondir le contexte politique, voir notre opinion sur la narration qui fait du plex le coupable de la crise et notre analyse du programme préfab à 350 K$ qui oublie les proprios de plex. Ces trois chroniques forment un portrait complet de la politique de logement vue par le propriétaire de multilogement Rive-Nord.

L'avocat du diable : la comparaison n'est pas parfaite

Soyons honnêtes : le PHAQ n'est pas qu'un écran de fumée. Le programme présente des avantages réels que le secteur privé ne peut pas offrir spontanément :

  • Logements neufs aux normes d'accessibilité, mieux adaptés aux personnes à mobilité réduite et aux aînés — un segment que les vieux triplex Rive-Nord servent souvent mal.
  • Le supplément au loyer réel : pour la moitié des locataires PHAQ, 25 % du revenu en loyer est une aide transformatrice que le marché privé ne peut offrir sans aide gouvernementale.
  • Des populations plus vulnérables : le PHAQ cible des ménages à revenus très faibles que les propriétaires privés hésitent parfois à loger, faute de garanties suffisantes.
  • La viabilité à long terme : un plex privé peut être vendu, rénové ou sorti du marché locatif — le PHAQ impose des contraintes de maintien à vocation abordable sur plusieurs années.

Il y a donc un rôle légitime pour le logement social et communautaire. Le secteur privé seul ne logera jamais tout le monde. Cette opinion ne prétend pas le contraire.

Le verdict : reconnaître le plex comme infrastructure abordable

Mais voilà le problème central : le gouvernement québécois a choisi de se battre sur le terrain sémantique plutôt que sur le terrain des politiques cohérentes. Il appelle « abordable » ce qui ne l'est pas toujours — tout en ignorant ou décourageant un secteur privé qui livre du vrai abordable depuis des décennies, sans subvention.

La solution n'est pas de choisir entre l'État et les propriétaires de plex. C'est de reconnaître que le multilogement Rive-Nord est une infrastructure de logement abordable qui mérite d'être soutenue, pas sabotée par une fiscalité croissante, des délais TAL interminables et une réglementation qui s'alourdit chaque année.

« Si on n'intervient pas, le petit propriétaire humain, on va le voir graduellement se faire remplacer par de grands fonds immobiliers. »

— Éric Sansoucy, porte-parole de la CORPIQ, cité par La Presse, 17 juin 2026

Un élargissement du Programme de supplément au loyer (PSL) vers les plex privés — pour que vos locataires modestes payent aussi 25 % de leur revenu — coûterait beaucoup moins cher à l'État que de construire du PHAQ neuf à 1 650 $/mois. Ce serait une politique honnête. Et ça, c'est une opinion qu'on assume pleinement.

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Questions fréquentes

Le Programme d'habitation abordable Québec (PHAQ) est le successeur du programme AccèsLogis. Il finance la construction de logements neufs dont les loyers initiaux sont plafonnés par la SHQ : 977 $ pour un 3½ et 1 099 $ pour un 4½ dans le Grand Montréal en 2025-2026. Ces loyers augmentent annuellement et peuvent, dans certains projets à 150 % du coût médian régional, atteindre 1 650 $ par mois pour un 4½. Source : Radio-Canada, 1er juillet 2026.

Le gouvernement autorise dans certains projets PHAQ des loyers allant jusqu'à 150 % du loyer médian régional, ce qui correspond actuellement à environ 1 650 $/mois pour un 4½ dans le Grand Montréal. La justification officielle est que ces unités « premium » permettent de financer des projets qui ne seraient pas autrement viables. Des organismes communautaires estiment que ce faisant, le gouvernement a « corrompu le terme » d'abordable.

Selon le rapport Aviseo Conseil commandé par la CORPIQ (La Presse, 17 juin 2026), 61 % de l'offre locative québécoise se concentre dans des immeubles de un à cinq logements. Ces plex privés — dont 39 % sont habités par leur propriétaire — logent des centaines de milliers de ménages à des prix comparables ou inférieurs aux loyers initiaux du PHAQ, sans aucune subvention gouvernementale. Sur la Rive-Nord, ce parc locatif constitue l'essentiel de l'offre accessible.

Non. Selon Radio-Canada (1er juillet 2026), seulement environ la moitié des locataires PHAQ reçoivent un supplément au loyer qui ramène leur contribution à 25 % de leur revenu. L'autre moitié paie le loyer au prix affiché — entre 977 $ et 1 650 $/mois selon le projet — sans aide de l'État, exactement comme un locataire du secteur privé.

Le PSL est un programme de la SHQ qui comble l'écart entre le loyer du marché et 25 % du revenu du locataire. Actuellement, il est principalement réservé aux logements sociaux et au PHAQ. L'élargir aux plex privés permettrait aux propriétaires de la Rive-Nord d'accueillir des locataires à faibles revenus sans comprimer leur rentabilité, tout en coûtant moins cher à l'État que construire du PHAQ neuf à 1 650 $/mois.

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