Opinion

Délais du TAL : votre plex pris en otage par un locataire qui ne paie plus

Étapes et délais d'expulsion d'un locataire qui ne paie plus dans un plex sur la Rive-Nord

Un locataire qui cesse de payer, et un plex Rive-Nord qui se transforme en gouffre financier pendant que l'horloge du Tribunal administratif du logement tourne au ralenti. Voilà la réalité que vivent des milliers de petits propriétaires de multilogements au Québec. Les délais du TAL ne sont pas un détail administratif : ils décident qui, du propriétaire ou du mauvais payeur, finance l'attente.

Chronique d'opinion de l'Équipe ImmoMulti. Les faits sont sourcés ; les opinions sont les nôtres.

~9 moisAttente pour une 1re audience (litiges de loyer)
42 934Demandes de non-paiement / recouvrement (2024-2025)
75 %Des causes au TAL = non-paiement (CORPIQ)

🔥 L'opinion tranchée

Disons-le sans détour : au Québec, le système d'expulsion pour non-paiement punit le propriétaire, pas le locataire qui ne paie plus. Sur le papier, un propriétaire de plex peut demander la résiliation du bail dès trois semaines de retard. Dans la vraie vie, entre la demande, l'attente d'une audience, la décision et l'exécution par huissier, des mois s'écoulent — et chaque mois sans loyer sort de la poche du propriétaire, pas de celle de l'occupant.

Le résultat est pervers : la lenteur du TAL transforme un loyer impayé en otage. Le petit propriétaire de duplex ou de triplex sur la Rive-Nord — souvent un propriétaire-occupant qui compte sur ces loyers pour payer son hypothèque — devient le banquier involontaire de quelqu'un qui a cessé de respecter son bail. Ce n'est pas de la compassion sociale : c'est un transfert de risque silencieux vers la personne la moins capable de l'absorber.

Neuf mois pour être entendu : les chiffres qui font mal

Dossier de non-paiement de loyer devant le Tribunal administratif du logement au Québec
Au TAL, l'attente avant audience est devenue le vrai coût du non-paiement.

Selon La Presse, qui rapportait le 30 octobre 2025 le rapport annuel de gestion 2024-2025 du Tribunal administratif du logement, l'attente pour une première audience peut atteindre environ neuf mois dans les litiges de fixation et de modification de loyer. Sur la même année, le TAL a reçu 42 934 demandes de non-paiement de loyer et de recouvrement — un volume comparable aux niveaux d'avant la pandémie.

Les causes de non-paiement sont normalement traitées en priorité, mais un tribunal surchargé reste un tribunal lent. Et la CORPIQ, qui défend les propriétaires depuis des décennies, rappelle que les causes de non-paiement représentent environ 75 % des dossiers du tribunal — autrement dit, l'engorgement frappe en plein cœur le problème le plus coûteux pour les propriétaires.

Le calcul brutal

Sur un logement loué 1 200 $/mois, neuf mois de procédure sans loyer perçu représentent plus de 10 000 $ de manque à gagner — avant frais de huissier, frais juridiques et remise en état. Pour un propriétaire de triplex, c'est souvent une année complète de profit qui disparaît à cause d'un seul locataire.

Sources : La Presse, 30 octobre 2025 ; CORPIQ — Délais au Tribunal administratif du logement.

La faille du « je paie juste avant l'audience »

Le pire dans ce système, c'est la faille la mieux connue des locataires aguerris. Le Tribunal administratif du logement est clair : si le locataire paie le loyer dû, les frais et les intérêts avant la décision, le locateur ne peut plus entreprendre les procédures d'expulsion. En théorie, c'est une protection raisonnable contre l'expulsion d'un locataire de bonne foi qui a eu un trou de trésorerie.

En pratique, un occupant stratégique peut accumuler les retards, attendre la veille de l'audience, payer in extremis pour faire avorter la procédure… puis recommencer le mois suivant. Le propriétaire de plex repart à zéro à chaque cycle, et le compteur des mois perdus s'additionne sans jamais déboucher sur une résiliation. C'est la version locative du « toujours en retard, jamais expulsable ».

« Dès le lendemain du jour où le loyer était dû, si le locataire ne l'a pas payé en entier, il est en défaut. […] En cas de retard de plus de trois semaines, le locateur peut demander au Tribunal le paiement du loyer, mais aussi la résiliation du bail et l'expulsion du locataire. »

— Tribunal administratif du logement, « Paiement du loyer »

Le droit de demander existe donc dès le 21e jour. Mais entre le droit de demander et le droit d'obtenir, il y a un océan de calendrier. Cette dynamique ressemble à celle que nous avons décrite dans notre chronique sur comment la politique de logement étouffe le petit proprio de plex : des règles pensées pour le locataire vulnérable, appliquées sans égard au propriétaire individuel qui n'a pas les reins d'un fonds.

Gagner au TAL ne suffit pas : reste l'huissier

Huissier de justice procédant à l'exécution d'une décision d'expulsion de logement au Québec
Même avec une décision favorable, l'exécution ajoute ses propres délais.

Supposons que vous obteniez finalement gain de cause. Vous n'êtes pas au bout de vos peines. Selon le TAL, l'exécution d'une décision d'expulsion passe par un huissier qui dépose un avis d'exécution au greffe de la Cour du Québec et le signifie au locataire. Pour une expulsion, l'avis doit être signifié au moins cinq jours avant que l'huissier procède. Et aucune expulsion n'a lieu un jour férié ni entre le 24 décembre et le 2 janvier.

Additionnez : retard initial, dépôt de la demande, attente de l'audience, délibéré, signification de l'avis d'exécution, délai de cinq jours, disponibilité de l'huissier. Le « droit » d'expulser se transforme en parcours d'obstacles de plusieurs mois. Pendant ce temps, le logement ne génère rien, et vos charges — taxes, assurance, hypothèque — continuent, elles, de tomber à l'heure.

ÉtapeCe qui se passeEffet sur le propriétaire
Jour 1 à 21Loyer en défaut ; droit de demander la résiliation après 3 semainesManque à gagner qui démarre
Dépôt → audienceAttente pouvant atteindre plusieurs moisLoyers perdus qui s'accumulent
Paiement de dernière minuteProcédure d'expulsion bloquée si tout est payé avant décisionRetour à la case départ possible
Exécution (huissier)Avis 5 jours min. ; pas d'expulsion 24 déc.–2 janv.Délais additionnels + frais

🎭 L'avocat du diable

Soyons honnêtes : le camp d'en face a de vrais arguments, et il faut les regarder en face. D'abord, l'expulsion est une mesure grave — perdre son logement en pleine crise du logement, avec un taux d'inoccupation très bas sur la Rive-Nord, peut précipiter une personne ou une famille vers l'itinérance. Les protections du TAL, dont la règle qui suspend l'expulsion si le locataire paie tout avant la décision, existent précisément pour éviter de mettre quelqu'un à la rue pour un retard ponctuel et de bonne foi. Ce n'est pas absurde : la majorité des locataires en difficulté ne sont pas des fraudeurs, ce sont des gens qui traversent une mauvaise passe.

Ensuite, les délais ne sont pas une malveillance : ils découlent d'un tribunal sous-financé et débordé, pas d'un complot anti-propriétaire. Les groupes de défense des locataires soulignent à juste titre qu'un système rapide et expéditif risquerait de produire des expulsions injustes, sans examen sérieux du dossier. La lenteur, aussi coûteuse soit-elle pour le propriétaire, est en partie le prix d'un contrôle judiciaire réel. Et la trêve hivernale (24 décembre au 2 janvier) répond à une logique humanitaire difficile à contester.

Enfin, un propriétaire diligent dispose d'outils : sélection rigoureuse des locataires, baux clairs, action rapide dès le 21e jour, dossier bien monté. Une partie des « horreurs » racontées vient aussi de propriétaires qui ont laissé traîner. Bref, le système n'est pas seul responsable.

Le verdict

Après avoir pesé les deux camps, notre position reste claire mais nuancée : les protections du locataire sont légitimes ; les délais qui les accompagnent ne le sont pas. On peut protéger le locataire de bonne foi sans transformer le petit propriétaire en créancier captif pendant neuf mois. Le vrai problème n'est pas le droit substantiel — c'est l'engorgement chronique d'un tribunal qui n'a pas les moyens de trancher vite.

Pour un propriétaire de plex sur la Rive-Nord, la leçon est pragmatique. Premièrement, n'attendez pas : dès le 21e jour de retard, montez un dossier béton et déposez. Deuxièmement, tenez vos baux et preuves de paiement impeccables — la rigueur accélère tout. Troisièmement, si un dossier s'éternise et menace votre rentabilité réelle, sachez qu'un multilogement avec locataire problématique se vend encore — à un acheteur qui sait gérer ce risque, pas au premier acheteur bancaire qui escomptera lourdement le problème. La même logique vaut quand on subit une procédure de rénoviction contestée sur la Rive-Nord : mieux vaut agir tôt et reprendre le contrôle de son capital que de subir le calendrier d'un autre.

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Questions fréquentes — délais du TAL et loyer impayé

Selon le TAL, le locataire est en défaut dès le lendemain du jour où le loyer était dû s'il n'a pas payé en totalité. C'est après un retard de plus de trois semaines (21 jours) que le propriétaire peut demander au Tribunal le paiement du loyer, la résiliation du bail et l'expulsion. Le problème n'est pas le droit de demander : c'est le temps d'attente avant d'être entendu.

Selon La Presse (30 octobre 2025), rapportant le rapport annuel de gestion 2024-2025 du TAL, l'attente pour une première audience peut atteindre environ neuf mois pour les litiges de fixation et de modification de loyer. Le TAL a aussi traité 42 934 demandes de non-paiement et de recouvrement durant l'année. Les causes de non-paiement sont priorisées, mais la pression sur le tribunal allonge les délais réels.

Le TAL indique que si le locataire paie le loyer dû, les frais et les intérêts avant la décision, le locateur ne peut plus entreprendre les procédures d'expulsion. Un locataire stratégique peut donc accumuler les retards, payer in extremis, puis recommencer le cycle — pendant que le propriétaire de plex absorbe les manques à gagner et les frais.

Obtenir la décision n'est pas la fin. Selon le TAL, l'exécution passe par un huissier qui dépose un avis d'exécution au greffe de la Cour du Québec et le signifie au locataire. Pour une expulsion, l'avis doit être signifié au moins cinq jours avant que l'huissier procède. Aucune expulsion n'a lieu un jour férié ni entre le 24 décembre et le 2 janvier. Entre la demande, l'audience, la décision et l'exécution, plusieurs mois peuvent s'écouler.

Selon la CORPIQ, les causes de non-paiement constituent environ 75 % des dossiers au TAL. La CORPIQ dénonce depuis des années des délais qu'elle juge déraisonnables, soulignant qu'un délai de plusieurs mois sur un immeuble à revenus peut représenter une part importante d'une année complète de loyer perdu pour un petit propriétaire.

Oui, indirectement mais réellement. Un plex avec un locataire en défaut, un dossier en cours au TAL ou un historique de loyers impayés est plus difficile à vendre au prix fort : les acheteurs au financement bancaire escomptent le risque, exigent des rabais ou se désistent. Un revenu net d'exploitation amputé par des mois de non-paiement fait aussi baisser la valeur calculée par capitalisation (TGA). Le délai n'est pas qu'un problème de trésorerie : c'est un problème de bilan.

Plusieurs pistes : 1) Agir vite dès le 21e jour de retard plutôt que d'attendre, documenter chaque manquement et déposer la demande sans tarder; 2) Garder des baux et des preuves de paiement impeccables pour accélérer l'audience; 3) Si la situation s'éternise et mine votre rentabilité, envisager une vente directe à un acheteur spécialisé comme ImmoMulti, qui achète des multilogements sur la Rive-Nord même avec des locataires problématiques, sans courtier ni commission.

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