Le 22 juillet 2026, la Société canadienne d'hypothèques et de logement a changé de ton. Dans ses nouvelles prévisions pour le marché immobilier canadien, rapportées par La Presse, la SCHL anticipe désormais une légère baisse des ventes et des prix à l'échelle du Canada en 2026. Message reçu. Mais si vous êtes propriétaire d'un plex ou d'un multilogement sur la Rive-Nord du Québec, cette prévision nationale ne vous concerne pas de la même façon que vous pourriez le craindre.
Ce que la SCHL prédit vraiment pour 2026
Soyons précis sur les chiffres, parce que « baisse des prix » peut vouloir dire beaucoup de choses. Voici ce que la SCHL prévoit concrètement selon les données publiées le 22 juillet 2026 :
Pour mettre les choses en perspective : la baisse de prix prévue est de 0,6 % à l'échelle nationale — pas un effondrement. La SCHL invoque l'incertitude économique (notamment les tarifs douaniers), le ralentissement démographique suite à la réduction de l'immigration, et des coûts d'emprunt qui restent élevés. Ce sont des forces réelles. Mais elles s'appliquent-elles uniformément à tous les segments du marché, dans toutes les régions du Canada?
🔥 L'opinion tranchée : les prévisions nationales ratent la cible pour votre plex
Non. Et c'est le problème fondamental des grandes prévisions nationales : elles sont vraies en moyenne, mais l'immobilier ne se vit pas en moyenne. Il se vit sur un marché précis, dans une ville précise, pour un type de propriété précis.
La SCHL fait un excellent travail macro. Mais ses chiffres nationaux englobent Vancouver, Toronto, Calgary, les copropriétés, les maisons unifamiliales, les grandes tours locatives et les plex québécois. Ce sont des marchés qui n'obéissent pas aux mêmes lois. Appliquer une prévision nationale de baisse de 0,6 % à votre triplex de Terrebonne ou votre quadruplex de Blainville, c'est comme consulter la météo de « l'Amérique du Nord » pour décider si vous sortez votre imperméable à Saint-Jérôme.
Notre thèse : le marché des plex et multilogements sur la Rive-Nord du Québec est structurellement protégé par des facteurs que la prévision nationale de la SCHL ne capte pas. Voici pourquoi.
Argument 1 : la rareté de l'inventaire protège mécaniquement les prix des plex Rive-Nord
Le marché des plex sur la Rive-Nord souffre depuis plusieurs années d'un problème de fond : il n'y a pas assez de propriétés à vendre. L'inventaire de petits plex (deux à cinq logements) en province a connu des baisses significatives — avec la Rive-Nord particulièrement touchée selon Les Affaires, qui rapporte que l'inventaire de plex a reculé d'environ 20 % sur la Rive-Nord comparativement à l'an dernier.
La mécanique est simple : quand l'offre s'effondre et que la demande reste stable, les prix ne baissent pas — ils tiennent. Un acheteur sérieux qui cherche un plex à Mascouche ou à Boisbriand n'a pas dix choix devant lui. Il en a deux ou trois. Cette rareté, c'est votre protection en tant que vendeur.
Ce que la SCHL ne voit pas dans ses chiffres nationaux
- L'inventaire de plex Rive-Nord est structurellement bas depuis 2023
- La demande d'acheteurs-investisseurs provenant de l'île de Montréal reste soutenue
- Les mises en chantier de multilogements neufs sur la Rive-Nord restent insuffisantes
- Les plex ne sont pas des copropriétés spéculatives — les acheteurs ont un projet à long terme
À lire aussi
Pour comprendre comment la pénurie d'inventaire sur le marché locatif influence directement la valeur de votre plex, voyez notre chronique Libérez l'offre : votre plex déjà oublié.
Argument 2 : les prix des plex québécois résistent, les données APCIQ le confirment
Ne croyez pas nos opinions sur parole — regardez les données récentes. Selon l'Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ) pour le deuxième trimestre 2026, le prix médian des plex au Québec a progressé de 2 % pour atteindre 690 000 $.
C'est pendant la même période où la Banque du Canada maintenait ses taux, où les médias annonçaient une correction nationale, où les mises en chantier reculaient. Le marché des plex a tenu. Pas parce que les propriétaires sont chanceux, mais parce que la demande pour ce type d'actif est fondamentalement différente de la demande pour une maison unifamiliale ou un condo de luxe.
« Le marché québécois des plex opère selon sa propre logique : les prix sont ancrés sur les revenus locatifs, pas sur des anticipations spéculatives. C'est ce qui le rend plus résilient en période de correction nationale. »
— Équipe ImmoMulti, analyse interne, juillet 2026Ce point est crucial. Un condo de Toronto se vend sur des anticipations de plus-value. Un plex sur la Rive-Nord se vend sur la base de son revenu net d'exploitation, de son TGA et de son MRB — des indicateurs ancrés dans la réalité économique des loyers. Si les loyers ne s'effondrent pas (et ils ne s'effondrent pas sur la Rive-Nord), la valeur de l'actif résiste.
Source : APCIQ — « Quebec's Real Estate Market Gradually Rebalances in the Second Quarter », 2026
Argument 3 : moins de nouvelles constructions, plus de valeur pour les plex existants
Voilà un paradoxe que peu de gens remarquent : la prévision de baisse des mises en chantier de la SCHL est, pour vous, une bonne nouvelle. La SCHL anticipe 241 400 mises en chantier au Canada en 2026, contre 259 028 en 2025 — une baisse de 7 %. Moins de constructions neuves signifie moins de nouveaux plex et multilogements qui arrivent sur le marché pour concurrencer les vôtres.
Un acheteur qui ne trouve pas de nouveau projet locatif abordable sur la Rive-Nord — parce qu'il n'y en a pas — se retournera inévitablement vers les plex existants. Ce phénomène est déjà observable : le marché du neuf locatif recule pendant que le marché du plex existant tient ses prix.
C'est la même logique qui explique pourquoi le rapport APCIQ du deuxième trimestre montre une offre de plex (2-5 logements) en hausse de 11 % — mais avec des prix qui progressent quand même. Plus il y a d'acheteurs actifs que de vendeurs décidés, plus les vendeurs gardent le dessus.
À lire aussi
Nos chroniques Marché du plex : la fenêtre se referme Rive-Nord et Royal LePage +5 % : achetez votre plex Rive-Nord offrent des perspectives complémentaires sur la dynamique de marché de 2026.
🎭 L'avocat du diable : la SCHL n'a pas tort sur tout
Soyons honnêtes — c'est la règle de cette chronique. La SCHL ne fabrique pas ses chiffres. Les risques macro qu'elle cite sont réels, et aucun marché local n'est immunisé contre une récession nationale.
Si les tarifs douaniers américains se transforment en guerre commerciale prolongée, si l'économie canadienne entre en récession franche, si le chômage grimpe sur la Rive-Nord, les acheteurs de plex se rétractent. Même un marché structurellement serré peut corriger quand le financement se resserre ou que les acheteurs perdent leur emploi. C'est déjà arrivé — regardez 2008-2009.
Il y a aussi le facteur démographique. La SCHL note un ralentissement de la croissance démographique lié à la réduction de l'immigration. Moins de ménages qui arrivent au Canada signifie moins de demande locative à terme — et moins de demande locative peut éventuellement peser sur les loyers, puis sur la valeur des plex.
Le vrai risque que la SCHL identifie
L'incertitude économique peut geler les intentions d'achat même dans des marchés où l'inventaire est serré. Un acheteur qui doute de son emploi ou de son financement ne fait pas d'offre, peu importe la rareté du marché. Si l'incertitude macro s'installe durablement, même les plex Rive-Nord pourraient subir une correction de la demande.
Le verdict : ce que vous devriez retenir en juillet 2026
La SCHL a raison à l'échelle nationale. Elle a tort d'être appliquée mécaniquement à votre plex spécifique sur la Rive-Nord. Voici notre lecture synthèse pour un propriétaire de multilogement :
| Signal | Ce que ça veut dire pour votre plex Rive-Nord |
|---|---|
| Prix national en légère baisse (-0,6 %) | Pas alarmant. Le plex Rive-Nord est ancrée sur les revenus locatifs, moins sur la spéculation. |
| Ventes nationales en recul | Moins d'acheteurs actifs en général — mais les acheteurs de plex restent un segment ciblé et motivé. |
| Mises en chantier en baisse (-7 %) | Bonne nouvelle : moins de concurrence du neuf pour les plex existants sur la Rive-Nord. |
| Inventaire local serré | Votre actif est rare. La rareté soutient les prix même quand le contexte macro pèse. |
| Incertitude économique | Le seul vrai risque à surveiller. Si la récession s'installe, aucun marché n'est immunisé. |
Notre verdict net : si vous avez un projet de vente en 2026, les conditions demeurent favorables sur la Rive-Nord, en dépit des prévisions nationales de la SCHL. Le marché des plex obéit à ses propres lois. Mais ce n'est pas une invitation à l'arrogance : l'incertitude macro est réelle, et attendre une hypothétique hausse spectaculaire des prix comporte ses propres risques.
Vendre dans un marché encore serré, avec un inventaire encore bas, c'est vendre dans les meilleures conditions. Attendre que la macro se dégrade pour tenter de « timer » le marché parfait est une stratégie qui a coûté cher à beaucoup de propriétaires avant vous.