ImmoMulti — acheteur direct de multilogements sur la Rive-Nord — suit de près l'évolution du cadre légal qui touche les propriétaires de plex. L'un des changements les plus structurants des dernières années est passé presque inaperçu : depuis l'entrée en vigueur de la Loi 31 (PL 31) le 21 février 2024, le propriétaire peut désormais refuser une cession de bail sans avoir à invoquer un motif sérieux. Auparavant, il en était incapable. Ce renversement modifie l'équilibre entre locateur et locataire, touche au contrôle des loyers et a des conséquences concrètes lorsque vient le temps de vendre un immeuble à revenus. Voici, sources officielles à l'appui, ce que tout propriétaire de plex doit comprendre.
Cession de bail ou sous-location : quelle est la différence pour le propriétaire?
Dans une cession de bail, le locataire transfère tout le bail à une autre personne et n'est plus responsable du bail. Dans une sous-location, le locataire garde son bail, demeure responsable envers le propriétaire et peut reprendre son logement à la fin de la sous-location. La sous-location est généralement temporaire ; la cession est un transfert permanent.
Les deux mécanismes sont souvent confondus, mais leurs effets sont opposés pour un propriétaire de plex. Selon Éducaloi, lors d'une cession de bail, le locataire « n'est alors plus responsable du bail » : le cessionnaire devient le nouveau locataire et reprend l'ensemble des droits et obligations jusqu'à la fin du terme. Lors d'une sous-location, à l'inverse, le locataire « demeure responsable du bail » envers vous ; il reprend son logement quand la sous-location prend fin.
Cette distinction n'est pas théorique. Avec une cession, vous héritez d'un nouvel occupant permanent que vous n'avez pas choisi. Avec une sous-location, votre interlocuteur reste le locataire d'origine. C'est précisément pour cette raison que le législateur a traité ces deux situations différemment dans la Loi 31.
Avant la Loi 31, le propriétaire pouvait-il refuser une cession de bail?
Avant le 21 février 2024, la cession de bail était soumise à la même règle que la sous-location : le propriétaire ne pouvait refuser que s'il avait un motif sérieux. L'absence de motif sérieux ne permettait pas de bloquer la cession. Concrètement, un locataire pouvait transférer son logement — et donc son loyer — à la personne de son choix, et le propriétaire devait l'accepter à moins de pouvoir démontrer, par exemple, l'incapacité de payer ou le mauvais comportement du candidat.
Ce régime faisait de la cession de bail un outil puissant entre les mains des locataires. Dans un marché tendu, des chaînes de cessions successives pouvaient maintenir un même loyer pendant des années, d'un occupant à l'autre, sans que le propriétaire ne puisse réajuster le prix au-delà de ce que permet le Tribunal administratif du logement (TAL).
Ce qui n'a pas changé : la sous-location
- Pour une sous-location, le propriétaire ne peut toujours refuser qu'avec un motif sérieux.
- Le locataire d'origine demeure responsable du bail et peut reprendre son logement.
- La Loi 31 n'a visé que la cession de bail, pas la sous-location.
Qu'est-ce que la Loi 31 a précisément changé pour la cession de bail?
Depuis le 21 février 2024, le propriétaire peut refuser une cession de bail sans motif sérieux. S'il refuse sans motif sérieux, le bail est résilié à la date de cession indiquée dans l'avis : le locataire est libéré de ses obligations et peut quitter, mais le candidat qu'il proposait ne peut pas prendre le logement. La cession demeure possible si le propriétaire l'accepte.
La Loi 31 (« Loi modifiant diverses dispositions législatives en matière d'habitation »), sanctionnée le 21 février 2024, accorde au propriétaire « une latitude pour la cession de bail, qui demeure possible : un propriétaire est toujours libre de l'accepter », selon le gouvernement du Québec. Autrement dit, le propriétaire n'a plus besoin d'un motif sérieux pour refuser.
La conséquence du refus est encadrée. D'après Éducaloi, si le propriétaire refuse sans motif sérieux, « le bail est résilié à la date de cession » indiquée dans l'avis. Le locataire « est libéré de ses obligations » et peut quitter le logement à cette date — mais la personne à qui il voulait céder le bail ne peut pas prendre le logement. Le logement redevient donc libre pour vous, propriétaire.
La Loi 31 prévoit aussi qu'« un locataire ne peut faire de cession de bail ou de sous-location à profit » : il ne peut réclamer une somme au cessionnaire pour le transfert au-delà de ce que la loi permet.
« En cas de refus d'un propriétaire de consentir à la cession de bail, le locataire serait libéré de ses obligations. »
— Gouvernement du Québec, communiqué sur l'adoption du projet de loi 31, 21 février 2024Quel est le lien entre la cession de bail et le plafonnement des hausses de loyer?
La cession de bail était devenue, ces dernières années, l'un des rares outils permettant à un locataire de protéger le prochain occupant d'une hausse importante. En cédant son bail aux mêmes conditions, le locataire transférait son loyer — souvent sous le marché — à la personne de son choix. Comme l'a souligné La Presse, la cession de bail était perçue comme une mesure de contrôle des loyers exercée par les locataires eux-mêmes.
En permettant au propriétaire de refuser la cession (le bail prenant alors fin), la Loi 31 redonne au locateur la possibilité de relouer le logement au prix qu'il souhaite, dans le respect des règles du TAL. Ce changement s'inscrit dans le même esprit que les nouvelles obligations de transparence sur les loyers : le bail doit indiquer le loyer le plus bas payé au cours des 12 derniers mois (la « clause G »), comme l'explique notre dossier sur la nouvelle méthode de calcul de la hausse de loyer du TAL 2026.
Attention — la cession n'est pas une éviction
Refuser une cession met fin au bail à la date de cession demandée par le locataire ; ce n'est ni une reprise de logement, ni une éviction, qui obéissent à des règles distinctes. Pour récupérer un logement afin d'y loger un proche, consultez plutôt les modalités de la reprise de logement et validez votre cas avec un conseiller juridique.
Comment se déroule concrètement une cession de bail?
La procédure est formelle et les délais comptent. Voici les étapes clés que vous devez connaître comme propriétaire de plex :
- Avis écrit du locataire : il doit vous transmettre un avis de cession indiquant le nom et l'adresse de la personne intéressée et la date à laquelle il veut céder le bail.
- Délai de 15 jours : vous disposez de 15 jours à compter de la réception de l'avis pour répondre.
- Silence = acceptation : si vous ne répondez pas dans les 15 jours, c'est comme si vous aviez accepté la cession.
- Refus : sans motif sérieux, le bail est résilié à la date de cession ; le candidat ne prend pas le logement.
- Frais raisonnables : vous pouvez réclamer le remboursement des dépenses raisonnables engagées en raison de la cession.
| Élément | Cession de bail | Sous-location |
|---|---|---|
| Responsabilité du locataire d'origine | Libéré du bail | Demeure responsable |
| Durée | Permanente (jusqu'à la fin du terme) | Temporaire |
| Refus du propriétaire (depuis la Loi 31) | Possible sans motif sérieux → bail résilié | Seulement avec motif sérieux |
| Délai de réponse | 15 jours | 15 jours |
Sources : Éducaloi — Cession de bail et sous-location ; Tribunal administratif du logement — Contrat de cession et avis.
Quel est l'impact de la Loi 31 à la vente de votre plex sur la Rive-Nord?
Un plex dont les loyers sont nettement sous le marché vaut moins cher qu'un immeuble dont les loyers reflètent leur valeur. En permettant de refuser une cession de bail, la Loi 31 donne au propriétaire un meilleur contrôle sur l'évolution des loyers entre deux locataires, ce qui peut soutenir la valeur de l'immeuble à la revente. Chaque cas se valide avec un notaire ou un conseiller juridique.
Pour un acheteur d'immeuble à revenus, la valeur d'un plex sur la Rive-Nord repose largement sur ses revenus de loyer. Un immeuble dont les loyers ont été figés bas par des cessions successives génère un revenu net d'exploitation plus faible — et se vend donc à un prix inférieur. À l'inverse, la possibilité de réajuster le loyer lorsqu'un logement se libère naturellement améliore le potentiel de revenu de l'immeuble.
Cela ne signifie pas qu'il faille précipiter des décisions. La Loi 31 ne crée aucun droit nouveau de récupérer un logement occupé : elle encadre seulement le refus d'une cession demandée par le locataire. Si vous évaluez la valeur de votre multilogement, l'état réel de vos loyers par rapport au marché est un facteur central — bien plus que la mécanique de la cession elle-même.
Pour aller plus loin, consultez notre analyse sur le moment où un plex devient non rentable au Québec et l'intérêt d'une vente directe.
Que disent exactement les articles du Code civil sur la cession de bail?
Pour bien saisir la portée de la Loi 31, il faut revenir au texte de loi. La cession de bail et la sous-location sont encadrées par une poignée d'articles du Code civil du Québec, et c'est là que se logent les nuances qui font toute la différence pour un propriétaire de plex. Comprendre ces articles, c'est éviter de commettre une erreur de procédure qui rendrait votre refus invalide.
L'article 1870 : le droit du locataire de céder et l'obligation d'aviser
L'article 1870 du Code civil pose le principe de base : le locataire peut sous-louer le logement ou céder son bail. En contrepartie, il doit vous aviser de son intention, vous indiquer le nom et l'adresse de la personne à qui il veut céder le bail, et obtenir votre consentement. Ce dernier mot est capital : la cession n'est jamais automatique. Elle suppose une demande formelle et une réponse de votre part. Un locataire qui « installe » simplement un nouvel occupant sans avis écrit ne réalise pas une cession valide au sens de la loi.
L'article 1871 : le délai de 15 jours et le silence qui vaut oui
L'article 1871 fixe la mécanique du délai. Historiquement, il prévoyait que le locateur ne peut refuser sans motif sérieux et qu'il doit indiquer ses motifs de refus dans les 15 jours de la réception de l'avis ; à défaut, il est réputé avoir consenti. Ce délai de 15 jours et la règle du silence-acceptation demeurent la colonne vertébrale de la procédure. Pour la sous-location, la règle du motif sérieux reste pleinement en vigueur. Pour la cession de bail, c'est ici que la Loi 31 vient greffer sa nouveauté.
Ce que la Loi 31 a ajouté : le refus sans motif qui résilie le bail
Depuis le 21 février 2024, lorsqu'il s'agit d'une cession de bail, le propriétaire peut refuser sans motif sérieux. La conséquence est précisée par la loi et confirmée par Éducaloi : « Si votre propriétaire refuse sans motif sérieux, le bail est alors « cassé » (résilié) à la date de cession indiquée dans votre avis », rappelle Éducaloi. Le locataire est libéré, il peut partir à la date qu'il avait choisie, mais le candidat qu'il présentait ne prend pas le logement.
L'article 1872 : les dépenses raisonnables que vous pouvez réclamer
L'article 1872 prévoit que le locataire est tenu de rembourser au locateur les dépenses raisonnables qui peuvent résulter de la sous-location ou de la cession. En pratique, ces frais sont modestes : vérification de crédit du candidat, préparation de documents. Vous ne pouvez pas transformer cette disposition en « frais de cession » punitifs ; la loi interdit d'ailleurs toute cession ou sous-location « à profit ».
L'article 1873 : la décharge de l'ancien locataire
L'article 1873 confirme un point souvent mal compris : « La cession de bail décharge l'ancien locataire de ses obligations. » Autrement dit, une fois la cession acceptée, votre ancien locataire n'est plus responsable — c'est le cessionnaire qui répond du bail. C'est l'inverse exact de la sous-location, où le locataire d'origine demeure votre débiteur. Cette différence explique pourquoi, avant la Loi 31, la cession était si prisée : elle permettait au locataire de sortir totalement du portrait tout en « léguant » son loyer.
| Article C.c.Q. | Ce qu'il prévoit | Ce que ça change pour vous |
|---|---|---|
| 1870 | Droit de céder ou sous-louer ; avis avec nom, adresse et consentement du locateur | La cession exige un avis écrit formel : pas d'avis, pas de cession valide |
| 1871 | Délai de 15 jours pour répondre ; silence = consentement présumé | Répondez toujours par écrit dans les 15 jours pour ne pas être réputé consentir |
| 1872 | Remboursement des dépenses raisonnables liées à la cession | Vous pouvez récupérer des frais réels, jamais un « prix » de cession |
| 1873 | La cession décharge l'ancien locataire de ses obligations | Après cession, seul le cessionnaire répond du bail (contraire à la sous-location) |
Sources : Code civil du Québec, art. 1870 à 1873 — Légis Québec ; Éducaloi — Céder son bail, est-ce toujours possible?
Comment répondre à un avis de cession de bail, étape par étape?
À la réception d'un avis de cession, notez la date, vérifiez que l'avis est complet, décidez si vous acceptez ou refusez, puis répondez par écrit dans les 15 jours. Un refus sans motif résilie le bail à la date de cession ; une absence de réponse vaut acceptation. Conservez une preuve de votre réponse.
La cession de bail se joue sur des détails de procédure. Une réponse hors délai, un avis mal lu ou une décision prise à l'oral peuvent vous faire perdre le contrôle de la situation. Voici la marche à suivre, dans l'ordre, pour un propriétaire de plex sur la Rive-Nord.
Étape 1 — Datez et vérifiez l'avis reçu
Dès que vous recevez l'avis, inscrivez la date de réception : c'est elle qui déclenche le compte à rebours de 15 jours. Vérifiez ensuite que l'avis contient bien les trois éléments exigés par l'article 1870 : le nom et l'adresse du candidat et la date de cession souhaitée. Un avis incomplet ou verbal ne satisfait pas la loi ; vous pouvez demander au locataire de le régulariser. Le Tribunal administratif du logement met à disposition un formulaire d'avis de cession et un formulaire de réponse.
Étape 2 — Décidez : accepter ou refuser
Deux voies s'offrent à vous. Accepter la cession : le candidat devient votre nouveau locataire, aux mêmes conditions et au même loyer, et l'ancien locataire est déchargé (art. 1873). Refuser la cession : depuis la Loi 31, vous n'avez plus besoin de motif sérieux, mais le refus entraîne la résiliation du bail à la date de cession — le logement se libère et vous pourrez le relouer au loyer que vous jugez juste, dans le respect des règles du TAL.
Étape 3 — Répondez par écrit dans les 15 jours
C'est l'étape à ne jamais négliger. Que vous acceptiez ou refusiez, répondez par écrit et assurez-vous que votre réponse parvienne au locataire à l'intérieur du délai de 15 jours. Rappelez-vous la règle d'Éducaloi : « Votre propriétaire ne répond pas à votre avis dans les 15 jours? C'est comme un oui! » Un silence de votre part vaut consentement à la cession. Transmettez votre réponse par un moyen qui laisse une trace (courrier recommandé, courriel horodaté, remise en main propre avec accusé).
Étape 4 — Gérez la suite selon votre décision
Si vous avez accepté, faites signer les documents au cessionnaire, mettez à jour vos dossiers et vérifiez la fameuse clause G (le loyer le plus bas des 12 derniers mois) pour le nouveau bail. Si vous avez refusé, le bail prend fin à la date de cession : planifiez la remise des lieux, l'état des lieux et la remise en location. Attention, un refus n'est pas une éviction : vous ne pouvez pas forcer le départ avant la date que le locataire avait lui-même fixée.
Votre aide-mémoire de propriétaire
- Jour 0 : réception de l'avis — notez la date et vérifiez les 3 éléments obligatoires.
- Jours 1 à 14 : décidez et rédigez votre réponse écrite.
- Jour 15 (max) : votre réponse doit être parvenue au locataire.
- Après : acceptation → nouveau bail ; refus → résiliation à la date de cession.
« Comme votre propriétaire a 15 jours à compter de la réception de l'avis pour vous répondre, la date à laquelle vous désirez céder votre logement ne peut précéder ce délai. »
— Éducaloi, sur le délai de réponse à un avis de cessionConcrètement, combien la cession de bail peut-elle coûter à la valeur d'un plex?
La théorie devient beaucoup plus parlante avec des chiffres. Un immeuble à revenus se vend en grande partie selon son revenu net d'exploitation (RNE) et le taux global d'actualisation (TGA) — aussi appelé taux de capitalisation. La formule est simple : Valeur ≈ RNE ÷ TGA. Chaque dollar de loyer perdu ou figé se répercute, amplifié, sur la valeur de l'immeuble. Voyons trois cas de figure typiques sur la Rive-Nord.
Exemple 1 — Un triplex dont un loyer est figé sous le marché
Imaginons un triplex à Saint-Eustache. Deux logements sont loués au prix du marché (1 350 $ chacun), mais le troisième, transmis par des cessions successives depuis des années, se loue 850 $ alors que le marché serait à 1 350 $. C'est un manque à gagner de 500 $/mois, soit 6 000 $/an. À un TGA de 5 %, ce seul loyer sous-évalué ampute la valeur de l'immeuble d'environ 6 000 $ ÷ 0,05 = 120 000 $. Un écart de loyer qui paraît anodin sur un chèque mensuel devient un trou de six chiffres dans le prix de vente.
Exemple 2 — L'effet d'une cession refusée avant la mise en marché
Reprenons ce triplex. Le locataire du logement à 850 $ transmet un avis de cession. Depuis la Loi 31, vous pouvez refuser sans motif : le bail est résilié à la date de cession, le logement se libère et vous le relouez à 1 350 $. Le RNE additionnel de 6 000 $/an rehausse la valeur d'environ 120 000 $ au même TGA de 5 %. Dans un contexte où le logement se serait autrement figé pour cinq ou dix ans de plus par une nouvelle cession, la différence est majeure au moment de vendre.
| Scénario (triplex, TGA 5 %) | Loyer du 3e logement | RNE annuel du logement | Valeur attribuable |
|---|---|---|---|
| Loyer figé par cessions | 850 $/mois | 10 200 $ | ≈ 204 000 $ |
| Loyer réaligné au marché | 1 350 $/mois | 16 200 $ | ≈ 324 000 $ |
| Écart créé | + 500 $/mois | + 6 000 $ | ≈ + 120 000 $ |
Exemple illustratif à des fins pédagogiques. Les loyers, le TGA et les valeurs varient selon le secteur, l'état de l'immeuble et le marché. Validez toute évaluation avec un évaluateur agréé.
Exemple 3 — Le multiplicateur du revenu brut (MRB) sur un quadruplex
Beaucoup d'acheteurs de plex raisonnent aussi avec le multiplicateur du revenu brut (MRB) : Valeur ≈ revenus bruts annuels × MRB. Prenons un quadruplex à Blainville avec un MRB de marché de 14. Si deux de ses quatre logements sont sous-évalués de 400 $/mois chacun à cause de cessions, le manque de revenu brut atteint 800 $/mois × 12 = 9 600 $/an. À un MRB de 14, cela représente environ 9 600 $ × 14 = 134 400 $ de valeur laissée sur la table. La possibilité, depuis la Loi 31, de réaligner ces loyers lorsque les locataires cèdent leur bail redonne au propriétaire un levier concret sur cette valeur.
Ces exemples ne sont pas des promesses de rendement : ils illustrent une mécanique. Ce qui compte, c'est le principe : sur un immeuble à revenus, l'écart entre le loyer réel et le loyer de marché se multiplie dans le prix. Pour estimer ce potentiel sur votre propre immeuble, notre calculateur de TGA et notre calculateur de MRB permettent de tester différents scénarios.
Quelles sont les erreurs les plus fréquentes des propriétaires face à une cession de bail?
La Loi 31 a renforcé la position du propriétaire, mais elle ne pardonne pas les erreurs de procédure. Voici les fautes qui reviennent le plus souvent — et qui peuvent transformer un refus légitime en cession imposée ou en litige devant le TAL.
1. Laisser passer le délai de 15 jours
C'est l'erreur la plus coûteuse. Un propriétaire qui « oublie » de répondre, ou qui répond au 16e jour, est réputé avoir consenti à la cession. Le candidat devient alors le nouveau locataire, aux mêmes conditions, et vous ne pouvez plus revenir en arrière. Traitez chaque avis de cession comme une échéance ferme.
2. Confondre cession et sous-location
Les deux mécanismes n'obéissent pas aux mêmes règles. Pour une sous-location, vous avez toujours besoin d'un motif sérieux pour refuser ; la Loi 31 n'a rien changé de ce côté. Refuser une sous-location « sans motif » comme on le ferait pour une cession vous expose à un recours. Lisez attentivement l'avis pour savoir de quoi il s'agit.
3. Répondre verbalement
Une réponse orale ne laisse aucune trace. En cas de désaccord, c'est votre parole contre celle du locataire. Répondez toujours par écrit, avec preuve d'envoi et de réception.
4. Croire qu'un refus permet d'expulser immédiatement
Refuser une cession met fin au bail à la date de cession choisie par le locataire, pas avant. Ce n'est ni une reprise de logement, ni une éviction. Vous ne pouvez pas changer les serrures ni forcer un départ anticipé.
5. Réclamer des « frais de cession » abusifs
Vous pouvez récupérer des dépenses raisonnables (vérification de crédit, documents), mais la loi interdit toute cession « à profit ». Facturer une somme forfaitaire élevée est illégal et peut se retourner contre vous.
6. Refuser une sous-location Airbnb sans documenter le motif
Si un locataire veut sous-louer pour de l'hébergement touristique de courte durée, vous avez généralement un motif sérieux de refus — mais encore faut-il l'exprimer clairement et par écrit dans les 15 jours. Un refus mal motivé peut être contesté.
7. Négliger la clause G lors de la relocation
Quand un logement se libère après un refus de cession, le nouveau bail doit indiquer le loyer le plus bas des 12 derniers mois (clause G). Omettre cette mention ou y inscrire une fausse déclaration expose à des dommages punitifs devant le TAL.
8. Décider seul dans un cas complexe
Décès du locataire, colocation, logement en copropriété indivise, immeuble en vente : certaines situations méritent un avis juridique. Une erreur d'interprétation peut coûter bien plus cher qu'une consultation chez le notaire.
Le réflexe à garder
Devant tout avis de cession ou de sous-location, la première question à vous poser n'est pas « puis-je refuser? » mais « quelle est la nature exacte de la demande, et quelle est ma date limite de réponse? ». Répondre juste, à temps et par écrit protège votre position bien mieux que n'importe quel argument.
Cas particuliers : Airbnb, occupant sans bail et décès du locataire
La cession de bail « standard » est claire depuis la Loi 31. Mais la réalité d'un plex fait surgir des situations qui débordent le cadre simple. En voici les plus courantes, avec le réflexe à adopter.
La cession déguisée en sous-location Airbnb
Certains locataires cherchent à sous-louer leur logement en hébergement touristique de courte durée. Au-delà de la question de la cession, l'hébergement de type Airbnb est fortement encadré au Québec et souvent interdit dans un bail résidentiel sans autorisation. Un locataire ne peut pas transformer votre logement en location touristique par le biais d'une sous-location : vous disposez généralement d'un motif sérieux de refus. Exprimez-le clairement, par écrit, dans les 15 jours, et référez-vous aux règles de la sous-location du TAL.
L'occupant sans bail
Il arrive qu'une personne occupe un logement sans être titulaire du bail : un conjoint, un colocataire non inscrit, un proche. Une cession de bail suppose un bail en cours et un locataire titulaire qui transmet ses droits. S'il n'y a pas de bail écrit, ou si l'occupant n'est pas au bail, la mécanique de la cession ne s'applique pas de la même façon. Ces cas demandent une analyse au cas par cas : ne présumez pas qu'un simple occupant peut « céder » quoi que ce soit.
Le décès du locataire
En cas de décès du locataire, le bail ne « se cède » pas spontanément à un héritier : des règles particulières s'appliquent quant à la poursuite ou à la résiliation du bail par la succession ou par une personne qui habitait avec le défunt. Ces situations relèvent de dispositions distinctes de la cession de bail. Un liquidateur de succession qui gère un plex a tout intérêt à valider ces modalités avec un notaire — comme le rappelle notre dossier sur la décision de vendre un plex non rentable.
La cession dans un immeuble en voie de vente
Si vous êtes en train de vendre votre plex et qu'un avis de cession arrive, ne l'ignorez pas : le délai de 15 jours court toujours, et une cession acceptée par défaut (silence) modifie le portrait des baux que vous transmettez à l'acheteur. Informez votre acheteur ou votre notaire, et répondez dans les délais. Un acheteur direct comme ImmoMulti tient compte de l'état réel des baux au moment de l'offre.
Quand consulter un professionnel
- Doute sur la nature de la demande (cession vraie ou sous-location).
- Occupant non inscrit au bail ou absence de bail écrit.
- Décès, séparation ou succession touchant le logement.
- Cession reçue pendant une vente ou une reprise de logement en cours.
Clause G et transparence des loyers : l'autre volet de la Loi 31
La Loi 31 ne se limite pas à la cession de bail. Elle a aussi resserré la transparence sur les loyers, un volet qui touche directement le propriétaire chaque fois qu'un logement change de locataire — notamment après un refus de cession. Comprendre ce volet évite des erreurs coûteuses au moment de relouer.
Ce qu'est la clause G
La section G du bail oblige le propriétaire à déclarer au nouveau locataire le loyer le plus bas payé au cours des 12 mois précédant le début du bail (ou le loyer fixé par le TAL durant cette période). Cette obligation permet au locataire de savoir s'il paie plus cher que le précédent occupant et, le cas échéant, de faire fixer son loyer par le Tribunal.
Ce que la Loi 31 a durci depuis le 21 février 2024
Selon la CORPIQ et le gouvernement du Québec, pour tout bail conclu à compter du 21 février 2024, une fausse déclaration ou une omission volontaire de la section G peut donner droit à des dommages punitifs pour le locataire, en plus de lui accorder des délais plus longs pour demander une fixation de loyer. La transparence n'est donc plus optionnelle.
Pourquoi ce volet compte pour la cession
Le lien est direct. Quand vous refusez une cession, le logement se libère et vous le relouez. Mais la clause G vous oblige à déclarer le loyer le plus bas des 12 derniers mois — c'est-à-dire, souvent, le loyer figé que la cession maintenait. Réaligner le loyer au marché reste possible, mais le nouveau locataire connaît la référence et peut contester une hausse jugée abusive devant le TAL. Autrement dit, la Loi 31 vous redonne le contrôle par la cession, tout en encadrant la relocation par la transparence. Les deux volets forment un tout cohérent.
Pour bien préparer une relocation et estimer une hausse conforme, consultez notre dossier sur la nouvelle méthode de calcul du loyer du TAL 2026 et notre calculatrice de loyer.
| Élément Loi 31 | Avant le 21 février 2024 | Depuis le 21 février 2024 |
|---|---|---|
| Refus d'une cession de bail | Motif sérieux exigé | Refus possible sans motif → bail résilié |
| Clause G (loyer le plus bas) | Obligation existante, peu sanctionnée | Fausse déclaration/omission → dommages punitifs possibles |
| Sous-location | Refus seulement avec motif sérieux | Inchangé |
Sources : CORPIQ — Aide-mémoire Loi 31, sections F et G du bail ; Gouvernement du Québec — Plus de clarté sur le loyer.
Comment préparer la vente d'un plex marqué par des cessions de bail?
Pour vendre au meilleur prix un plex dont l'historique comporte des cessions, documentez l'état réel des baux et des loyers, identifiez les logements sous le marché, et présentez le potentiel de réalignement. Un acheteur d'immeuble à revenus paie pour le revenu réel et le potentiel ; un dossier locatif clair et honnête soutient votre prix.
Un plex dont plusieurs loyers ont été figés par des cessions successives se vend, tel quel, moins cher qu'un immeuble aux loyers alignés. Mais cela ne veut pas dire que vous devez brader. La clé est de documenter et de présenter correctement la situation.
1. Faites l'inventaire réel de vos baux
Rassemblez tous les baux en cours, la date de début, le loyer actuel, l'historique des cessions et sous-locations, et le loyer de marché estimé pour chaque logement. Ce dossier locatif est le premier document que tout acheteur sérieux — ou tout acheteur direct — va examiner.
2. Chiffrez l'écart avec le marché
Pour chaque logement sous le marché, calculez le manque à gagner mensuel et annuel, puis son effet sur la valeur via le TGA ou le MRB (voir nos exemples plus haut). Cet écart n'est pas qu'une perte : c'est aussi un potentiel de valeur que certains acheteurs sont prêts à payer, surtout depuis que la Loi 31 facilite le réalignement lors des cessions.
3. Décidez de votre horizon
Réaligner des loyers prend du temps : il faut attendre qu'un logement se libère naturellement, qu'un locataire cède son bail (que vous pourrez refuser), ou négocier un départ. Si vous n'avez ni le temps ni l'envie de gérer ce processus, une vente directe à un acheteur qui intègre ce potentiel dans son offre peut être plus rentable qu'une longue optimisation.
4. Comparez « vendre tel quel » et « optimiser puis vendre »
Optimiser peut augmenter le prix, mais implique des mois de gestion, des risques de litige au TAL et des coûts. Vendre tel quel à un acheteur direct est plus rapide et sans commission. Le bon choix dépend de votre situation, de votre tolérance au risque et de votre horizon. Notre calculateur d'offre d'achat aide à comparer les scénarios sur des chiffres.
| Critère | Vendre tel quel | Optimiser puis vendre |
|---|---|---|
| Délai | Rapide (offre en 48 h possible) | Plusieurs mois à quelques années |
| Prix potentiel | Reflète les loyers actuels + potentiel | Plus élevé si réalignement réussi |
| Effort et risque | Faibles | Gestion, avis, litiges TAL possibles |
| Commission | Aucune en vente directe | Souvent un courtier à la revente |
Notre approche chez ImmoMulti
- Nous achetons des multilogements sur toute la Rive-Nord, baux complexes inclus.
- Nous tenons compte du potentiel de réalignement des loyers dans notre offre.
- Offre directe en 48 h, sans courtier ni commission.
- Vous n'avez pas à gérer vous-même les cessions ni les relocations avant de vendre.
Contenu informatif uniquement. Les modalités de la cession de bail et de la Loi 31 peuvent évoluer. Validez toujours votre situation auprès d'Éducaloi, du Tribunal administratif du logement, d'un notaire ou d'un conseiller juridique.