Opinion

Reprise de logement : la mauvaise foi coûte cher

Chronique d'opinion de l'Équipe ImmoMulti. Les faits sont sourcés ; les opinions sont les nôtres.

Avis de reprise de logement TAL — délais légaux et conditions pour propriétaires de plex au Québec

Le 22 juillet 2026, le Tribunal administratif du logement (TAL) a condamné un avocat de la SCHL à payer 21 125 $ pour avoir illégalement repris le logement de sa locataire à Longueuil. L'histoire a fait le tour des groupes immobiliers en quarante-huit heures. Et la réaction prévisible a suivi : « Encore un proprio condamné. » Non. Ce n'est pas ce que ce jugement dit. Ce jugement condamne un mensonge — pas un droit.

21 125 $Condamnation totale (TAL, 22 juillet 2026)
+ 500 $Hausse de loyer après la reprise illégale (par mois)
81 000 $Indemnité record pour reprise illégale (Radio-Canada)

L'opinion tranchée : le TAL a eu absolument raison

Disons-le clairement : la condamnation de Jonathan Savard-Shaw est juste. Les faits sont accablants. Un triplex avec un logement vacant de taille équivalente. Une locataire délogée sous prétexte d'occupation personnelle. Une relocation immédiate à un tiers avec une hausse de 500 $/mois. Ce n'est pas de la gestion immobilière — c'est de l'abus délibéré d'un mécanisme légal à des fins de profit.

Ce que nous refusons, c'est l'extrapolation qui suit invariablement ce type de jugement : « Vous voyez, la reprise de logement est trop facile à abuser, il faudrait l'encadrer encore plus. » Cette lecture confond la fraude avec le droit. Le Code civil du Québec accorde aux propriétaires le droit de reprendre leur logement pour y habiter ou y loger un proche. C'est un droit réel, utile, et parfaitement légitime lorsqu'il est exercé honnêtement. Ce jugement ne l'abolit pas — il sanctionne quelqu'un qui l'a détourné.

Source : Noovo Info — « Un proprio condamné à payer plus de 21 000 $ pour avoir expulsé illégalement sa locataire » (22 juillet 2026)

Ce que le jugement Savard-Shaw révèle vraiment

Reprenons les faits établis par le juge Marc C. Forest. Jonathan Savard-Shaw achète un triplex rue Duvivier à Longueuil en juin 2024. À l'achat, un logement vacant de taille équivalente existe déjà dans l'immeuble. Trois mois après l'achat — soit bien avant la fin du bail de Sonia Masseau — il lui envoie un avis de reprise pour occupation personnelle.

Il ne s'y installe jamais. Il loue le logement vacant à un tiers. Il loue ensuite l'appartement de Masseau à un tiers à 1 700 $/mois au lieu de 1 200 $/mois — soit 500 $ de plus par mois. Quand le juge lui demande d'expliquer cette hausse, ses justifications « ne tiennent pas la route ».

« Le logement, pour un locataire, comme pour un propriétaire, constitue l'un des besoins les plus fondamentaux qui existent et toutes les parties qui contractent sur ce bien essentiel de la vie doivent le faire dans une transparence et une bonne foi totales. »

— Juge Marc C. Forest, Tribunal administratif du logement (TAL), juillet 2026

Ce que ce jugement expose, c'est un profil précis : un propriétaire qui avait déjà planifié la relocation au prix du marché avant même d'acheter l'immeuble, et qui a utilisé la reprise de logement comme outil d'éviction commerciale. Ce n'est pas un propriétaire de plex Rive-Nord qui veut rapatrier un parent âgé ou qui traverse un divorce. C'est une stratégie calculée — et le TAL l'a vue.

Calcul des pertes sur loyer impayé et différentiel de loyer dans un triplex sur la Rive-Nord du Québec

Les trois fautes qui ont coûté 21 000 $

Pour le propriétaire de plex sur la Rive-Nord qui envisage un jour de reprendre un logement pour de vraies raisons, voici les signaux d'alarme que ce jugement identifie :

Faute commiseCe que le TAL en penseLa règle à retenir
Logement équivalent vacant ignoréPreuve directe de mauvaise foi — vous auriez pu y habiterAvant d'envoyer un avis, inventoriez toutes les unités disponibles dans votre immeuble
Non-occupation du logement reprisLe fondement même de la reprise disparaît — la loi exige que vous y habitiezSi vous ne pouvez pas garantir votre occupation sous 3 mois, ne procédez pas
Hausse de loyer à la relocationIndice de motivation financière — présomption de fraudeSi le loyer monte dès la relocation, attendez-vous à une poursuite

Ce que dit le Code civil du Québec

  • La reprise est réservée aux personnes physiques (pas aux sociétés par actions)
  • Le logement doit servir à l'usage personnel du propriétaire ou d'un proche (ascendant, descendant, conjoint, frère/sœur)
  • L'avis doit être remis au moins 6 mois avant la fin du bail
  • Des protections renforcées existent pour les locataires de 70 ans et plus avec certains niveaux de revenus

La reprise de logement reste un droit légal que des milliers de propriétaires de multilogement exercent honnêtement chaque année. Ce jugement n'y change rien — il rappelle que l'honnêteté n'est pas une option.

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L'avocat du diable : les locataires ont raison de s'inquiéter

Soyons honnêtes. Les groupes de défense des locataires qui sonnent l'alarme sur la reprise de logement n'inventent pas un problème. Le nombre de reprises de logement a triplé en douze ans au Québec, selon La Presse. Cette explosion n'est pas entièrement expliquée par des besoins genuins d'occupation personnelle.

Il existe bel et bien des propriétaires — une minorité, mais une minorité documentée — qui utilisent la reprise comme outil de délogement déguisé : on demande la reprise, on obtient l'éviction, on relève le loyer et on loue à quelqu'un d'autre. C'est exactement ce qu'a fait Savard-Shaw, et la réalité est qu'il n'a été pris que parce qu'il avait commis les fautes les plus évidentes.

L'autre argument locataire est solide : les indemnités restent souvent hors de portée des locataires. Aller au TAL coûte du temps et de l'énergie. Beaucoup de locataires évincés illégalement n'ont pas les ressources pour contester. La condamnation record de 81 000 $ rapportée par Radio-Canada est l'exception, pas la règle. Pour chaque cas porté devant le tribunal, combien s'arrangent en coulisses, à l'avantage du propriétaire de mauvaise foi?

Ce contre-argument mérite d'être pris au sérieux. Si vous êtes propriétaire de plex Rive-Nord et que vous exercez la reprise honnêtement, vous avez tout intérêt à ce que le TAL punisse sévèrement les abuseurs — parce que ce sont eux qui durcissent le régime réglementaire pour tout le monde.

Le verdict : reprendre honnêtement, c'est possible et légitime

Voici où nous atterrissons. La reprise de logement est un droit légal que vous pouvez exercer si vous êtes un propriétaire de plex Rive-Nord et que vous en avez un besoin sincère. Ce jugement ne vous en empêche pas. Il vous indique exactement ce que vous devez éviter.

Trois conditions doivent être réunies sans exception :

  1. Votre intention doit être réelle dès le départ — pas une décision prise après avoir calculé le différentiel de loyer. Si vous achetez un immeuble en sachant que vous allez demander la reprise pour relouer plus cher, le TAL le verra.
  2. Vous avez vérifié toutes les options dans votre immeuble — s'il existe un logement vacant de taille convenable, vous ne pouvez pas ignorer cette option pour cibler celui d'un locataire.
  3. Vous occupez le logement réellement et rapidement — la loi l'exige. Si vous ne pouvez pas garantir votre occupation dans les trois mois suivant la fin du bail, n'enclenchez pas la procédure.

Si ces trois conditions sont réunies, allez-y. Documentez vos intentions. Conservez les preuves que vous habitez effectivement le logement. Et si la situation change après la reprise — si vous ne pouvez finalement pas y emménager — avisez votre locataire et offrez-lui de revenir aux conditions initiales. Éducaloi détaille les recours du locataire et les obligations du propriétaire en cas de non-occupation après une reprise.

La leçon de l'affaire Savard-Shaw n'est pas « ne reprenez jamais votre logement ». C'est : la transparence et la bonne foi ne sont pas facultatives. Le TAL les exige. Et au prix de 21 000 $ — ou 81 000 $ dans les cas extrêmes — il est difficile de prétendre que le risque ne vaut pas la peine d'être honnête.

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Questions fréquentes

Selon les jugements récents du TAL, une reprise de logement de mauvaise foi peut coûter entre 10 000 $ et plus de 80 000 $ selon la gravité des faits. Dans le jugement du 22 juillet 2026, Jonathan Savard-Shaw a été condamné à 21 125 $ : 6 000 $ pour le différentiel de loyer, 5 000 $ en dommages moraux et 10 000 $ en dommages punitifs. Un jugement record rapporté par Radio-Canada a atteint 81 000 $.

Pour exercer une reprise de logement légale au Québec, le propriétaire doit être une personne physique (pas une société par actions). Le logement doit être destiné à l'usage d'habitation du propriétaire ou d'un proche (ascendants, descendants, frères/sœurs, conjoint). Un avis d'au moins 6 mois avant la fin du bail doit être remis au locataire. Ces conditions sont prévues aux articles 1957 et suivants du Code civil du Québec.

C'est précisément le problème central du jugement Savard-Shaw. Si un logement vacant de taille équivalente existe dans votre immeuble, le TAL peut conclure à la mauvaise foi : vous auriez pu y habiter sans déloger votre locataire. Avant d'envoyer un avis de reprise, vérifiez scrupuleusement si d'autres options existent dans votre immeuble.

Le TAL examine notamment : (1) si le propriétaire a réellement occupé le logement après la reprise, (2) si un logement équivalent était disponible dans l'immeuble, (3) si le loyer du logement repris a augmenté à la relocation — ce qui suggère un motif financier, (4) la cohérence des explications du propriétaire, et (5) le délai entre la reprise et la relocation à un tiers.

Oui, si les conditions légales sont réunies, le locataire ne peut pas refuser une reprise valide. Il peut toutefois contester devant le TAL s'il croit que le propriétaire agit de mauvaise foi ou que les conditions légales ne sont pas respectées. Si la reprise est de bonne foi et respecte les délais, elle est légale même si le locataire ne l'accepte pas.

Une reprise de logement vise à récupérer un logement pour y habiter (ou y loger un proche). Une rénoviction (éviction pour subdivision, agrandissement ou changement d'affectation) vise à transformer ou rénover le logement de façon majeure. Les deux sont des droits légaux au Québec, mais leurs conditions et indemnités diffèrent. Une rénoviction est soumise à un moratoire dans certaines villes québécoises.

C'est fortement recommandé, surtout si votre situation est complexe (logement vacant dans l'immeuble, locataire âgé de 70 ans et plus, motif lié à un proche). La CORPIQ offre des ressources et un service de référence aux avocats spécialisés en droit du logement pour ses membres. Éducaloi (educaloi.qc.ca) propose aussi une explication claire et gratuite des conditions de la reprise.

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